mardi 25 septembre 2012

Il faut bien partir pour revenir...

9 Juillet 2012

17h49. J'ai appris mes premiers kanjis...
Me voici entrée dans le petit bassin et déjà je pressent de futures noyades.
Au point où j'en suis, je suis avide de nouvelles connaissances, j'essaye de tout comprendre, j'ai une infinité de questions à poser.
Je me trouve encore au début de l'apprentissage. Ce moment à la fois terrifiant et grisant, où l'on ne peut que s'améliorer, où l'on veut apprendre toujours plus puisqu'on ne sait rien...
Tout est nouveauté, surprise...
C'est sans doute le moment le plus enrichissant lorsque l'on apprend une langue...

10 Juillet 2012

15h22. Le train pour Mino-Akasaka quitte le quai pile à l'heure, comme toujours.
Assise dans la seconde voiture, je lutte pour ne pas m'endormir...
L'échappée vers Gifu de la veille fait encore effet sur moi...
Partis trop tard, nous avons fini par abandonner l'idée d'aller jusqu'au fleuve pour voir l'ukai, pêche au cormoran.
Finalement, j'ai découvert Gifu de nuit, ai mangé un sukiyaki et ai testé le karaoké pour la première fois...

Chanter est un chose, et ce n'était déjà pas gagné pour moi... Chanter dans un micro, dans une pièce minuscule, c'est radicalement différent... On ne s'entend pas, le son est étrange... Mais la gêne disparaît assez rapidement...

13 Juillet 2012

16h18. Le bus est pile à l'heure.
Une dernière fois, je monte dans ce vieil autobus.
Je quitte l'école puis Chayashinden, je traverse le pont pour Ogaki...
Et demain, je partirai de ma chambre, de la maison, de Mino-Akasaka, de Gifu, de Nagoya, du Japon...
Un terrible pincement au cœur ne me quitte plus depuis le début de l'après-midi... Pincement que je n'avais pas ressenti depuis des années. Pincement qui me prouve une fois de plus que je suis amoureuse de ce pays.
Ces derniers jours ont été pleins d'émotions et de nouvelles choses, trop courts... Je n'ai pas trouvé le temps de relater en temps et en heure ma semaine afin de la vivre au maximum...
Demain, dans l'avion...

14 Juillet 2012.

14h54. La même phrase tourne en boucle dans ma tête depuis hier...
かえりたくない。
Je ne veux pas rentrer.
J suis pourtant assise dans la salle d'embarquement, sans autre option que de rentrer dans l'avion lorsque l'on me le demandera.
Je n'ai pas envie de rentrer.
J'ai envie de pleurer.
Ma famille d'accueil me manque déjà. Ohuku me manque déjà. Mon futon et ma chambre me manquent déjà. L'école me manque déjà.
Aujourd'hui plus que jamais je sais que je ne pars que pour revenir, plus tard, plus longtemps.
16h17. Sur un avion, l'inscription « member of one world » m'apaise quelques instants.
Nous sommes sur une même sphère. La Terre est ronde et il y a donc toujours une possibilité de retour.
Mais l'avion finit par partir et l'étau dans ma poitrine par se resserrer.
Je ravale mes larmes et regarde les immenses cargo qui glissent sur la mer, à quelques 500mètres de moi.
Je ne veux pas partir...
16h25. L'embarquement est annoncé.
Mon ventre se noue. Dehors, il fait chaud et moite et l'atmosphère qui plane sur la mer le prouve. Dedans, l'air conditionné me glace et me donne envie de sortir. Je veux profiter du chaud été japonais, de son automne coloré, de son hiver enneigé, de son printemps fleuri.
Je veux rester dans ce pays qui a su si facilement m'envoûter.
16h48. L'avion quitte le lieu d'embarquement et se dirige doucement vers la piste.
L'équipe technique restée sur la piste se tourne vers l'avion et nous salue en secouant leur main de gestes réservés et vifs à la fois.
Avec le décollage, mon anxiété me quitte.
Il faut partir pour revenir.
20h24 / 19h24. Ce qui est certain, c'est que j'ai perdu beaucoup de temps, d'énergie et de patience en essayant de comprendre logiquement le fonctionnement de l'aéroport de Shanghai... Il n'y a rien à comprendre en vérité, car il n'y a rien de logique.
Les plans et les panneaux indiquent un espace de transfert pour les vols internationaux, mais il n'est pas utilisé.
Arrivé à ce point, sans information, sans autre langue que l'anglais, l'espagnol, le français et le japonais, il s'agit de comprendre que le désordre de l'aller était en fait normal.
Quoi qu'il arrive, on obtient un « visa » jusqu'au jour du départ de l'avion. Quoi qu'il arrive, on va récupérer son bagage afin de le ré-enregistrer quelques heures plus tard.
Ce n'est pas ce système en soit qui me rend perplexe, mais son utilisation dans un bâtiment aussi neuf et bien muni.
22h53 / 23h53. Le calme et la quiétude des japonais me manquent.
Trop de bruits, trop de cris dans l'aéroport. Je suis parvenue à dormir quelques deux heures au milieu de ce capharnaüm, d'un sommeil tendu et entrecoupé de sursauts.
Je le savais déjà, mais mon mal de tête me rappelle violemment que le mandarin est une langue que je n'apprécie pas particulièrement.

15 Juillet 2012

Quelque part entre l'heure française et l'heure chinoise. Comme à l'aller, le vol est parti avec du retard. Deux heures.
Comme à l'aller, j'ai dormi tout au long du vol. Mal.
La tête pleine des souvenirs des deux dernières semaines, je passe et repasse en revue toutes les choses que j'ai découvertes, vues, entendues, ressenties et toutes les choses que je ne pourrai plus faire en France.
Je ne pourrai plus manger de sushi.
Mercredi soir, ma famille m'a emmené dans un kaiten sushi. Restaurant familial, bruyant, commun, peu cher. Une multitude de maki, sushi et autres à m'en faire perdre la tête. Un fonctionnement très japonais, efficace et amusant. Des poissons à profusion d'un goût et d'une fraîcheur sans comparaison.
Le souvenir d'une soirée inoubliable et simple passée avec ma famille d'accueil.
A quelques minutes de l'atterrissage. Nous sortons soudain des nuages pour découvrir les champs autour de l'aéroport.
Rapidement, nous nous rapprochons du sol, puis nous atterrissons.
Le matin s'est levé il y a peu et les couleurs pastels des nuages en témoignent.
10h55. Mon voyage sera définitivement terminé une fois arrivée chez moi. Encore un train et un bus...
Mardi, en fin d'après-midi, nous sommes allés faire des courses, Yabashi-san et moi. Trois heures à cherches des omiyage pour ma famille et mes amis... C'était amusant, même pour moi qui n'aime pas les magasins...
Le temps a finit par nous rappeler à l'ordre et nous avons rejoint d'autres étudiants et familles dans un restaurant d'okonomiyaki... Au passage, je ne pourrai plus jamais manger d'okonomiyaki en France.
Découverte d'une immense maison traditionnelle, annexée à un temple shintô dont les propriétaires sont les gardiens.
Ici, l'adage selon lequel les amis de nos amis sont nos amis prend tout son sens.
Ici, hospitalité rime avec quotidien.
Pièces recouvertes de tatami qui dégagent une agréable odeur de paille. Salle de sadô personnelle. Prières shintô psalmodiées en notre seule présence.
Encore une fois, le temps passe trop vite.
11h02. Je ne sais pas encore si je suis heureuse ou honteuse...
Heureuse car il s'agissant tout de même d'une espèce de rêve.
Honteuse car à mes yeux, les seules japonaises sont élégantes à ces occasions.
Le jeudi, nous avons célébrés Tanâbata. Avec vœux et yukata.
Mon yukata... Que Yabashi-san m'avait acheté et offert deux jours plus tôt.
Je ne sais pas encore si je suis heureuse ou honteuse. Tout ce que je sais c'est que je suis reconnaissante.
11h21. Parmi toutes les choses auxquelles j'ai été confrontées, une grande part d'entre elles mérite que je la mette dans une liste « Ce qui est vrai au Japon et dans les fictions japonaises » ou encore « A faire et/ou voir au Japon ».
11h23. Une fois cette liste faite, il faut que je 'check' tout ce que j'ai eu l'opportunité de vérifier.
11h29. Pour mon dernier repas, Yabahi-san a préparé tout ce que je n'avais pas eu l'occasion de manger avant...
Yakitoris au poulet, au bœuf et au gésier, somen, karaage et même anguille. Un délice pour chacun des plats...

vendredi 21 septembre 2012

Quelques centaines de raisons de revenir...

1er Juillet 2012

00h39. Assise sur un futon, mon futon pour les deux semaines à venir.
L'appréhension n'a pas encore tout à fait disparu, mais je sais que cela ira mieux les jours passant.
La famille d'accueil y est pour quelque chose.
Accueillante, avenant et le sourire aux lèvres pour elle.
Plus calme mais tout aussi rassurant pour lui.
Et un chien.
Jet lag oblige, je ne ressens pas encore l'heure tardive.
Cependant, le voyage m'a épuisée.
Épuisée et ravie...

22h44. Je commence peu à peu à prendre entièrement conscience que je suis au Japon.
Je suis au Japon, dans une famille japonaise, entourée de tout un tas de choses qui me font rêver.
Une fois de plus, mes hôtes se montrent rassurants, compréhensifs, adorables.
Direction Kyoto, pour visiter un temple.
De la ville historique, je n'aurai vu que ledit temple, le temps d'une visite assez rapide, confirmant le cliché du touriste asiatique. La visite me permet de découvrir le Pavillon Doré du Rokuon-ji Temple et d'assister à une cérémonie du thé touristique.
Visite express qui ne fait que me donner envie de retourner dans la ville, plus tard, plus longtemps.
En route, je découvre les stations d'autoroute japonaises, je dors, je vois mon premier Shinkansen...
J'en oublie la pluie, qui nous a accompagnée jusqu'à la fin de la journée.
Retour à Gifu, avec un crochet par une boulangerie et par un magasin où tout est à 100yens.
Enfin, j'apprends comment me rendre et rentrer à/de l'école.
La chance me sourit encore : un autre étudiant français loge dans les environs et la mère de sa famille nous conduira à l'école demain matin.

2 Juillet 2012.
03h40. Cela fait maintenant une heure que je me tourne et me retourne dans mon lit sans parvenir à retrouver le sommeil. J'ai trop dormi dans la voiture, le jet lag fait encore effet sur moi, je suis trop excitée. L'habile mélange de ces trois ingrédients a fait fuir mon sommeil et je sais que je le ressentirai ce soir.
11h22. Je sors à la fois frustrée et peu étonnée du test de japonais. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas revu mes alphabets, trop longtemps que je n'ai pas revu mes cours.
La certitude qui m'accompagne cependant depuis le début de mon voyage n'est pas ébranlée.
Au point où j'en suis, je ne peux qu'apprendre et m'améliorer.
18h09. Assise dans le train vers Mino-Akasaka et remplie de nouvelles connaissances...
Les bus sont assez étranges ici. L'entrée ne se fait que par la porte du milieu, où l'on prend un ticket. Et ce n'est qu'en sortant que l'on paye, selon la distance parcourue. Les bus sont particulièrement chers ici. ¥8.200 pour 26tickets, soit 82€... Additionnés aux tickets de train, cela revient à quelques ¥11.800... 118€ de transports pour 15jours...
Premier coup d’œil au Mall qui borde la gare.
Je manque encore d'assurance, mais je sais que dans quelques jours je me sentirai plus à l'aise...
J'espère.

3 Juillet 2012.
09h10. La chaleur d'hier a été chassée par la pluie, qui semble s'être installée pour la journée.
21h31. Un repas japonais c'est trois féculents, de la viande, du poisson, des légumes vinaigrés et du thé. Je dois remercier mon éclair de génie -ou de lucidité- qui m'a soufflé de ne pas acheter de goûter avant de rentrer...
Les cours commencent réellement demain et comme je le présageai, je suis du groupe des débutants. Des débutants qui sont tout de même capables de se faire comprendre voire d'exprimer une idée à leur interlocuteur... Des débutants en ce qui concerne l’écriture également.
Hors des cours, l'anglais et le suédois font loi et réunissent tout le monde. Excellent occasion de pratiquer la première langue et d'écouter la seconde.
La fin de l'après-midi m'a permis de fait mes premières acquisition à ¥100 chacune...

4 Juillet 2012.
7h02. T-shirt ou par-dessus jaune canari, banderole de la même couleur, mégaphone sur pied portable. Placé devant la gare, le groupe de trois hommes commence à tracter les passants, qui acceptent rarement le papier qu'ils leur tendent.
Jupe plissée et chemise aux manches courtes. Debout à côté de moi, la collégienne -ou lycéenne- prend son portable à clapet où pend un colossal strap poilu.
Je ne sais pas si cette réalité a inspiré téléfilms, films et drama japonais ou si c'est l'inverse. Ce dont je suis cependant maintenant sûre, c'est que les figures clichées que je voyais dans ces fictions ne sont pas que des clichés mais bien des réalités...
22h13...

5 Juillet 2012.
08h33. La chaleur et le soleil d'hier ont laissé place à un temps couvert, chaud et moite...

6 Juillet 2012.
15h33. Pas loin de l'école, une fois le pont vers Ogaki traversé, une promenade ombragée longe le canal creusé en cas de crue.
Le long de la promenade un quartier scandaleusement calme, bordé de deux axes routiers très fréquentés et bruyants.
Au bout de la promenade, un château. Construction de faible proportions qui montre fièrement sons style féodal.
Derrière le château bordé de verdure, un temple shinto.
Soudain, le bruit des voitures disparaît, laissant les oiseaux, les grillons et le cours d'eau prendre la relève.
Les arbres semblent accueillir les constructions humaines.
Le sol encore humide et l'air légèrement moite dégagent une odeur d'été, d'humus et de pluie.
Je ferme les yeux...
16h04. Le long de la promenade, un quartier scandaleusement calme bordé de deux axes routiers très fréquentés et bruyants.
Quartier qui cache des temples shinto et bouddhistes.
Constructions ouvertes, de nature accueillant l’œuvre humaine, d'une terrible simplicité, d'une beauté calme, d'une sérénité primaire.
Constructions élevées, cachant jalousement des secrets loin de nos yeux, où la nature est modelée pour compléter le bois et la pierre taillés, d'une élégance géométrique, d'un calme où la tension fait loi.
Je ferme les yeux...
16h41. La pluie s'invite peu à peu puis se transforme en averse...
Ici, chaleur rime avec pluie.

7 Juillet 2012.
11h37. Retour du supermarché.
Je passe trois jours à la résidence et il a donc fallu que j'aille faire des courses pour me nourrir...
Le supermarché était énorme... Différent... Japonais...
Rayons immenses de poissons, produits de la mer, tofu, riz, bières, sauces asiatiques et même eau...
Difficile de se décider face à tous ces produits nouveaux...
Il faut que je vive au Japon...
Ma réflexion m'a semblé puérile, gourmande, curieuse, sensée, sans fondement, évidente...
11h50. En face du rice cooker de la kitchenette.
Gris et argenté. 20Cm de largeur, 30cm de longueur et encore 20cm de hauteur. 6 boutons. Un écran d'indication. Le tout en katakana et en kanjis.
Je verse une dose de riz cru dans le contenant avant de laver les grains blancs.
Je remet le récipient dans le rice cooker, avec son riz à cuir et de l'eau.
J'appuie sur le bouton aux écritures rouges et lance une brève prière... Faites que ça ne me saute pas à la figure...
13h23. Je découvre la pâte de haricots blanche dans une petite pâtisserie.
14h50. De retour au château d'hier. Appareil photo à la main, carnet de notes/dessins/cours dans l'autre.
Le vent qui rafraîchit la journée ensoleillée agite la surface de l'eau. L'immobilité du d'eau d'hier qui permettait au ciel de s'y réfléchir a disparu, et avec, les clichés que j'avais prévu de prendre...
L’endroit n'en reste pas moins envoûtant.
19h08. Le soleil prend son temps pour se coucher et le le ciel et les nuages prennent de jolies teintes pastelles.
Du premier étage de la résidence, je contemple les rizières qui entourent l'école et la chaîne de montagnes, au loin.
Si j'étais restée plus longtemps, j'aurai pris quelques jours pour aller me balader sur l'une de ces hauteurs...
Si j'étais restée plus longtemps, j'aurai sûrement fait tout un tas de découvertes... Cela fait quelques centaines de raisons qui me poussent à revenir sur l'archipel...

Aventures aéroportuaires

29 Juin 2012

15h05. Le vol était prévu à 13h40. La Mongolie refuse que l'avion survole son espace aérien aussi nous voilà coincés au sol. Les relations sino-mongoles ont sûrement quelque chose à voir avec cela, mais je n'en suis pas tout à fait sûre, et je préfère ne pas me triturer l'esprit avec de telles questions.
A Shanghai, ma correspondance d'un peu plus de deux heures me semble sérieusement mise en danger. Je n'ai pas encore de carte d'embarquement, je ne connais pas l'aéroport, et si par chance je parviens à avoir ma correspondance, je ne saurai qu'à l'arrivée si ma valise a eu tant de chance.
15h14. A travers le hublot, j’aperçois un dôme en pierre. Présence étrange, presque incongrue au milieu de ce paysage de goudron, de vestes fluos, de tôle blanche et de containers.
15h17. L'agitation monte peu à peu. Le personnel de bord décide de proposer des rafraîchissements aux passagers.
15h25. Un verre d'orange dans une main, mon billet dans l'autre, je me demande comment je vais finir mon voyage.
15h40. Que dire de plus ?
15h45. Après les boissons, c'est une collation qu'on nous apporte.
Quoi qu'il en soit, je ne suis plus tranquille du tout.
15h52. Correction. Après les boissons, c'est un repas complet qu'on nous apporte.
16h39. Je relève la tête de mon petit guide de japonais...
La moitié des passagers s'est levée, des groupes de discussion se sont formés...
Quelque chose me dit que nous ne sommes pas prêts de partir et que je vais devoir attendre quelques heures de plus avant d'atteindre la destination tant attendue.
17h40. L'avion s'ébranle ; rejoins la piste de décollage et s'arrache au sol... Enfin.

30 Juin 2012

3h16 / 9h16. Les lumières de la cabine se rallument. Nous arriverons dans une heure et quarante-cinq minutes.
Après une nuit entrecoupée de turbulences, de pleurs d'enfants, ou tout simplement d'encas, je sors difficilement de ma torpeur, d'autant plus que je venais juste de trouver une position confortable. Typique.
Comme le dîner et l'encas de la veille, le petit-déjeuner est insipide.
4h25 / 10h25. L'atterrissage est annoncé dans trente-cinq minutes.
L'anglais du personnel de bord est tellement approximatif que je ne sais toujours pas ce qui m'attend à Shanghai.
14h55. Tranquillement assise dans un café cosy de l'aéroport, avec du thé et une part de cheesecake à la mangue, je révise les phrases et expressions basiques dont j'aurai sûrement besoin.
La sortie de l'avion et l'arrivée à l'aéroport ne présageaient portant pas une fin aussi calme.
Sans information aucune, ou plutôt sans information dans une autre langue que le mandarin, nous avons quitté l'avion et suivi celui qui était devant nous, véritables moutons égarés, dans les couloirs blancs et propres.
Puis nous avons passé la douane, ce qui n'était absolument pas au programme. Sans visa, sans avion, sans indication et bientôt sans passeport.
Enfin, des employés s'adressent à nous dans un anglais plus ou moins bon. Tout ce que j'en tire comme information est qu'ils n'en savent pas plus que moi et que tant que la situation ne présentera pas de solution, ils garderont les passeports.
Une heure d'attente avant que les plus téméraires, fatigués, nerveux ne commencent à bousculer les douaniers.
Finalement, on nous envoie chercher nos bagages.
Lorsque je reviens, la situation semble miraculeusement se débloquer.
Je récupère mon passeport et gagne un visa chinois par la même occasion. Puis on nous renvoie à un comptoir pour faire enregistrer nos bagages.
Je ressors de cet épisode avec un billet pour Nagoya, qui commence l'embarquement dans plus de quatre heures.
En attendant, je joue la traductrice, je visite l'aéroport, j'en sors quelques minutes. Finalement, je choisi un café dont les fauteuils écrus me tentent ; il est alors 14heures et je suis la seule à commander autre chose qu'un menu complet.
17h04. Rattrapée par la fatigue, je me suis endormie dans la salle d'attente pour le vol vers Nagoya, avec un indubitable manque d'élégance.
C'est le son d'un harmonica qui me réveille doucement.
Assis dans un coin de la pièce, un homme joue doucement des chansons nostalgiques.
Autour de moi, le nombre de voyageurs chinois a considérablement baissé, remplacés par des japonais qui rentrent chez eux.
18h28. Assise à la fenêtre, je regarder les avions qui décollent, alors que le notre s'ébranle et avance doucement vers la piste...
18h39. Un avion de China Southern se lance sur la piste et c'est avec un sentiment de bonheur mêlé d'appréhension que je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le coin de mon hublot. J'aime toujours autant cette sensation.
18h41. Un avion de DragonAir atterri. Au contact du sol, les roues émettent un petit nuage de fumée qui se dissipe rapidement.
18h43. Un vol de ANA décolle. Encore un avion devant nous et quatre derrière nous.
18h45. China Eastern décolle.
18h46. China SSS atterri.
Nous sommes les prochains.
18h46. La piste illuminée s'étend devant nous.
18h50. Accélération, boule dans le ventre au moment où les roues quittent le sol, encore un regard sur l'aéroport.
Je quitte la Chine sous un temps indescriptible. Chaud et couvert. Étouffant. Pollué.
18h52. Au-dessus du voile de pollution, le ciel est bleu, parsemé de nuages qui s'embrasent alors que le soleil se couche.
18h56. Écharpes en apesanteur, voiles de soie... Les nuages, entre le gris et le bleu, sont magnifiques.
20h26 / 21h26. Le retard semble être le mot d'ordre de ce voyage. Nous devions arriver à 21heures.
Devançant le temps, l'avion a rattrapé la nuit qui nous entoure entièrement. Les lumières qui clignotent par intermittence sur l'aile me permettent de deviner d'abondantes gouttes de pluie. Je n'ai pas pris d'imperméable.
J'arriverai donc au Japon dans la nuit noire, sans avoir pu observer le sol loin sous mes pieds avant.
C'est dommage, mais je ne vais pas me formaliser.
20h31 / 21h31. Les lumières de la cabine s'allument. Les hôtesses s'inclinent. L'atterrissage est annoncé.
20h40 / 21h40. Je découvre les environs de Nagoya.
Îlots lumineux qui se détachent du grand voile noir de la nuit.
20h44 / 21h44. La ville, myriade de points lumineux qui semblent s'étendre à l'infini, me fait oublier la déception de mon horaire d'arrivée.
20h51 / 21h51. Avec presque une heure de retard, nous avons atterri.
Une boule d'appréhension se forme au creux de mon estomac alors que l'excitation me donne envie de danser.
Me voilà arrivée dans l'un des pays de mes rêves, sans en parler la langue.

jeudi 20 septembre 2012

Dans la cité de la grande Jeanne...

Samedi 5 Mai 2012


8h45. Après avoir descendu la longue rue marchande bordée de bâtiments de deux à trois étages, magnifiquement ornés et sculptés et arborant fièrement le drapeau français et un drapeau jaune et rouge ; après avoir descendu cette rue donc, j'aboutis face à la statut de l'héroïne. De profil, sur son cheval, armure au corps, épée au poing, traits fins, féminins, Jeanne d'Arc.. L'image de la statue de Louis XIV sur la place Bellecour me vient en tête. En souriant, je ne peux m'empêcher de penser que nous célébrons cette jeune femme qui s'est battue pour rétablir le roi de France quand nous nous sommes battus pour couper la tête de son lointain héritier. C'est sûrement ce qu'on appelle l'ironie du sort.
Sur cette grande place encore vide à cette heure de la journée, un manège, dédié aux machines de Jules Verne et à St Exupéry, une petite fontaine dans laquelle baigne allègrement un parapluie. Je m'assied sur le rebord de pierre froide.
8h55. Je me fais aborder par une femme, pochette et brochures à la main... Je sais déjà ce qu'elle veut... Quelques minutes plus tard, elle repart, m'ayant laissé un dépliant que je lirai sûrement plus tard non sans amusement.
8h58. Une petite boule de plumes se pose devant moi et piaille quelques temps avant de s'éloigner en sautillant.
9h. Le carillon usé d'une cloche sonne.
9h01. Les jets d'eau de la fontaine s'allument et l'eau se trouble... Je n'ai pas eu le temps de prendre le parapluie en photo.
9h04. Doucement, la place se réveille. Je repars.
9h10. Je débouche sur une rue et en tournant la tête à droite, je découvre de gigantesques drapeaux qui l'encadrent.
Je regarde à gauche... Au bout de la rangée de drapeaux, Elle s'élève parmi la brume, encore à moitié invisible. La matinée cache encore Son arrogance mais je sais que cela ne durera pas. J'immortalise ces quelques moments où Ses deux tours et Sa flèche se perdent encore dans le brouillard de la nuit.








9h15. Le carillon à la voix cassée sonne.
Je me rapproche.
Elle est belle. A la fois simple et suffisante.
Étrangement, parfaitement symétrique.
Je La regarde encore et encore, ne pouvant rassasier mes yeux de sa beauté.
Étroitement liée à l'histoire de Jeanne d'Arc, la Cathédrale Sainte Croix m'envoûte.
9h32. Je ne peux m'empêcher de penser à cet ami étudiant en architecture qui aime tant les visites des monuments de l'Histoire. Il aimerait sûrement la Cathédrale...
Il aimerait sûrement cette ville.
9h35. Assise sur le rebord d'une fontaine ornée d'une statue représentant deux hommes-poissons portant un plateau surmonté d'un petit enfant et d'une oie (peut-être un cygne, je ne vois la sculpture que de dos).
Je tourne la tête vers le Conservatoire de Musique.
9h36. Un chevalier et son écuyer, accompagnés d'une damoiselle sortent du « Lutétia », restaurant qui ouvre sur la place de la Cathédrale.
Jeanne d'Arc à 600ans... Chaque année, la ville célèbre son héroïne, mais cette année sera particulièrement fastueuse.
9h51. Après un bref passage par l'Office de Tourisme je ressors dans la rue et entre dans le Conservatoire. Salle de l'Institut. La salle est à la fois belle et laide, ornée et vide. Vestige fantomatique d'une fastueuse salle de spectacle du passé. Au fond de la petite scène en demi-cercle, un piano à queue recouvert de sa couverture.
10h. La salle se remplit timidement. D'une jauge de quelques 300 sièges, elle paraît démesurément grande pour les quelques auditeurs plus ou moins passionnés.
10h05. A cour, une petite porte s'entrouvre, mais personne n'en sort.
10h10. Un homme en tenue traditionnelle nippone entre...

12h09. Je quitte le Conservatoire.
Je suis ailleurs. A la fois émue, sans voix, triste et heureuse.
12h43. Je sors de la Cathédrale. L'intérieur est immense. D'un style - comme je le pensais – gothique. Un certain nombre de vitraux manquent, mais l'édifice n'en reste pas moins impressionnant. Je regrette simplement qu'il n'y ai pas plus de soleil. Il fait très froid dans la Cathédrale.
12h50. Je commence à faire le tour de la Cathédrale par l'extérieur. Je m'arrête sur un rebord en pierre en chemin pour écrire un peu.
12h55. Quelques rayons de soleil percent à travers les nuages et chauffent le haut de mon crâne.
13h00. La cloche chaleureuse de la Cathédrale sonne.
13h05. Dans un coin de la Cathédrale je découvre un amusant message.
13h20. Au détour d'une petite ruelle, je découvre un cour avec un puits, le tout agrémenté de fleurs et de plantes grimpantes.
13h30. Je contemple la Loire.
Le fleuve est impétueux, d'un vert-marron peu flatteur. Il n'en demeure pas moins imposant.
13h32. Il commence à pleuvoir, d'une petite pluie qui ne contraint pas à aller s'abriter mais qui risque d'être froide et désagréable à la longue.
15h40. Je sors du Campo Santo, grande pelouse verte entourée de murs assez anciens ; vraisemblablement l'ancien jardin d'une grand cloître. LE lieu a été aménagé en grande foire médiévale, le temps des fêtes en l’honneur de la grande Jeanne. L'endroit est quelque peu festif, mais la loi du marché est présente à tous les étals et seules quelques rares animations viennent égayer le tout. La paille au sol, la musique médiévale, les costumes d'époque des vendeurs parviennent à peine à me plonger dans leur univers.
Je repars à la fois contente et déçue.
15h45. Un chausson aux pommes à la main, je redescend dans l ville afin de découvrir de nouvelles choses.
16h12. Je m'arrête devant l'église. Grise, morne, abîmée par le temps. Des panneaux d'informations délavés, vieillis par le soleil et la pluie m'indiquent qu'à une époque l'église faisait partie du circuit touristique de la ville. Je déchiffre difficilement les pauvres indications du panneau.
Église Saint-Aignan. A moins de 300mètres de la Cathédrale, le bâtiment semble oublié, par les touristes comme par la ville. J’essaye d'accéder à une crypte, indiquée par le panneau, mais des barreaux de métal m'en empêchent. Je retourne devant l'église et pousse la petite porte d'entrée qui résiste obstinément. Ce n'est visiblement plus un monument ouvert au public.
16h15. La Cathédrale sonne le premier quart de l'heure. Je décide de retourner la voir une dernière fois avant de remonter vers la gare.
16h52. Je ne suis pas repassé devant la Cathédrale préférant arpenter les rues de la ville et découvrir de nouvelles façades.
Je refait un crochet par le marché médiéval pour acheter un pain « d'époque », parce que ça me fait rire.
Je remonte doucement les rues pour retrouver la gare.
17h21. Je monte dans le train sous une pluie battante.
D'ici, les beautés de la ville me sont cachées.
17h28. Le train quitte doucement la gare, sans a coup.
De ce côté de la gare, la ville est grise, moche.
Je me remémore quelques instants toue la beauté qui s'est présentée à moi dans la journée.
Je souris et dis un dernier au revoir silencieux à Orléans.

mercredi 18 janvier 2012

Mall et Supermall, définitions et horloges...

Mardi 20 Décembre ; il s'agit de partir tôt afin d'arriver à l'ouverture du magasin et de ne pas avoir trop de monde dans les rayons. Sur la route, nous ne rencontrons presque personne et mon père est étonné. C'est la première fois qu'il reste pendant les vacances de Noël à Manille et il ne se doutait pas que la ville se viderait tant pour les fêtes. Nous arrivons sans encombre à Alabang par l'autoroute puis le skyway. Nous prenons un rond point gigantesque décoré aux couleurs de Noël, puis nous rentrons dans ce quartier moderne ultra chic et cher. Gigantesque immeuble d'habitation, grandes avenues sagement bordées de palmier, feux rouges avec compte à rebours que pour une fois les automobilistes respectent. Nous passons devant un autre centre commercial, le « Festival Supermall » : bâtiment ocre-moutarde aux toits verts et aux aspects de centre de loisirs et de lieu d'attraction. Puis nous arrivons. Grand bloc de pierre posé à même le sol, dimensions incroyables qui ne révèlent pas toute l'ampleur du lieu : «Alabang Town Center ». Ma petite sœur connaît par cœur le chemin et nous entraîne rapidement à l'intérieur. La porte que nous prenons nous mène directement dans un magasin avec des rayons variés, mais qui paraît bien peu intéressant. Nous prenons les escalators, nous en sortons...

Je me retrouve dans un hall énorme, ouvert sur le ciel par un énorme verrière, qui monte sur deux étages au dessus de nous et autour duquel partent les nombreux bras de ce monstre commercial. Le terme de « temple de la consommation » que mon père à l'habitude d'employer me vient à l'esprit quelques secondes avant qu'il ne le prononce. D'un coup, j'oublie ce que nous sommes venus faire. Je me laisse traîner par ma petite sœur qui me tire par la main afin que je ne m'arrête pas devant tous les petits étals qui sont installés dans le hall. Premier magasin : je me remet à peine de l'immensité du lieu et je regarde quelques chaussures. Deuxième magasin : je n'ai jamais vu autant de magasin justement. Troisième magasin : je décide d'arrêter de compte les magasins et je regarde les rayons.
Je me laisse entraîner par ma petite sœur et la folie des magasins de toute adolescente qui se respecte s'empare de moi. Je redécouvre le shopping et ses plaisirs. Le plaisir d'essayer pour essayer, le plaisir d'avoir des rayons totalement différents, le plaisir de ne jamais retrouver la même chose d'un magasin à l'autre, le plaisir de trouver des perles rares, les plaisir d'essayer des habits bizarres mais hilarants, le plaisir d'être accueilli chaleureusement dans chaque boutique. L'euphorie redescend un peu quand la faim apparaît et nous décidons de remédier à ce problème à l'aide de pizza ou de salade. Chacun d'entre nous prend la taille « regular »... Il faut peut-être que je révise le définition de « regular ».
Puis, nous reprenons nos aventures commerciales : nous sommes venus pour ça après tout. Je trouve quelques cadeaux pour ma petite sœur et ma grande sœur, je m'offre une veste orange à la coupe atypique. Puis, nous décidons de nous séparer et de nous retrouver à la voiture dans un peu moins de deux heures. Encore une fois, ma petite sœur me traine à sa suite et je la suis très docilement. Elle me fait parcourir des galeries dans lesquels nous n'avions pas encore mis le pied. Je découvre un multiplexe dans le centre, ainsi que des salles d'arcades et de laser game, une allée réservée à la mode bébé et j'en passe. Elle me fait tester des billes de glaces et du chocolat glacé, elle m'énumère tous les restaurants du centre... Le temps passe trop vite, nous devons retourner au point de rencontre. Nous y arrivons cinq minutes en avance... Mon père et ma grand-mère arrivent vingt-cinq minutes en retard. Nous reprenons la route, direction Los Banos, où nous terminons la soirée tranquillement avant de nous vautrer dans nos lits. Nous devons nous lever tôt le lendemain aussi, pour prendre l'avion, direction l'île de Bohol.

Mercredi 21 Décembre ; Nous arrivons trop tôt à l'aéroport. Encore une fois, il n'y avait personne sur les routes et je suis presque frustrée de ne pas avoir été coincée dans les embouteillages monstres dont mon père me parle depuis un an maintenant.

Afin d'entrer dans l'aéroport national de la capitale, nous passons par un premier portique avec contrôle des bagages aux rayons X et j'en passe. Nous trouvons un siège pour ma grand-mère et nous attendons le début de notre embarquement. L'aéroport est grand, plus que ce que je m'attendais de voir lorsque mon père a parlé d'aéroport national. Mais mal foutu et je trouve son architecture d'autant plus impropre lorsque j'apprends que dans un an il devra remplacer l'aéroport international le temps de la reconstruction de ce dernier. Je m'interroge ; il n'a pourtant pas l'air bien vieux cet aéroport international. « Pas plus d'une dizaine d'années », répond mon père : en Asie, l'argent circule encore un peu et les rénovations sont plus que fréquentes. Je me dis que si l'Asie a tant de moyens que ça, elle pourrait nous en prêter un peu histoire de raser et de refaire l'aéroport Charles de Gaulle. Un bien grand nom pour un lieu aussi lamentable. L'enregistrement de notre vol commence et nous nous dirigeons vers l'une des longues fils qui mènent aux comptoirs d'embarquement. Dans la queue, mon père rencontre un ancien collègue et sa famille ; début d'une conversation pendant laquelle il parle anglais pour que l'épouse philippine de l'allemand puisse participer... Celle-ci parle français et mon père finit par se rendre compte du côté saugrenue des cinq dernières minutes. Tant pis, il ne crache jamais sur la pratique de son anglais. Pendant qu'il continue sa conversation, j'observe les trois adolescents qui accompagnent le couple et les maudit. Ils ont entre 11 et 16 ans, parlent le français, l'allemand, l'anglais et ont sûrement des bases de tagalog... Nous finissons par les quitter, et nous entrons dans la zone d'embarquement, après avoir payé les frais d'aéroport. Je reste d'abord plus que perplexe lorsque nous passons au guichet où mon père tend quelques billets. Une réplique cinglante m'échappe, aussitôt contrariée par l'explication logique : les frais d'aéroport ne sont pas compris dans le prix du billet aux Philippines. Nous passons par un second contrôle aux rayons X et une fois de plus je ne peux m'empêcher de remarquer que les philippins surestiment notre capacité à fabriquer une bombe avec un chewing-gum et un trombone. Là encore, mon père a une explication logique : la seule île musulmane de l'archipel, Mindanao, pose de sérieux problème d’extrémisme terroriste.

Nous arrivons enfin dans la salle d'attente, qui ressemble plutôt à un large couloir d'attente. Mon père lâche un sous-entendu grinçant lié avec Charles de Gaulle. Les passagers d'un vol en retard quittent la salle-couloir par une porte et les minutes sur ma montre s'égrainent, dépassant l'horaire d'embarquement annoncé et se rapprochant dangereusement de l'heure de départ sans qu'aucune annonce ne soit faite. Le doute m'assaille et je vérifie une douzaine de fois si le ticket de caisse qui me fait office de billet d'avion indique bien la porte 116 ; une douzaine de fois, je vois le bon chiffre imprimé, mais le doute ne me quitte pas. 12h00... L'horaire de départ est dépassé et mon insatiable petite sœur retire ses écouteurs et la seule étincelle au fond de ses yeux permet à mon père de décrypter son message ; « Tu vas acheter un sandwich avec ta petite sœur avant qu'elle ne nous bouffe tous ?... ». Si ça peut m'empêcher de penser au scénario idiot qui défile dans ma tête en dans lequel nous avons raté notre avion... Nous retournons dans le couloir bordé de quelques boutiques et nous procurons un panini long, trop long à cuire. Je m'impatiente et je redescends dans la salle encore plus énervée et sur les nerfs.

Mon père nous annonce que l'avion viens juste d'atterrir. Saleté d'aéroport démunie de toute information. Nous finissons par monter dans l'avion, qui décolle donc avec une heure de retard. Direction Tagbilaran, la ville principale de Bohol.

mardi 3 janvier 2012

10907.88 kilomètres, 7heures de décalage, 20heures de voyage.

Samedi 17 Décembre ; Je suis épuisée. Et pourtant je n'ai pas dormi de le nuit... Trop excitée. Je ferme la porte de mon petit chez-moi après un coup de stress de dernière minute.
Deux heures de train que je ne vois pas passer, le sommeil a fini par me vaincre. Je suis tout de même anxieuse : la grève annoncée des trains n'existe pas, mais aucun avion ne décolle depuis hier depuis Lyon et à Paris des grèves se font sentir... Si on n'enregistre pas nos bagages, il faudra se battre pour prendre l'avion. La queue pour l'enregistrement est très longue mais pas à cause des grèves : les tapis roulants ne fonctionnent pas... Tout se passe bien, nous sommes dans la salle d'embarquement et nous attendons. Finalement, nous ne partons qu'avec une heure de retard ; nous aurons notre correspondance sans soucis.
L'avion est gigantesque, luxueux, agréable et l'équipage est parfait : je n'avais pas voyagé en avion dans de telles conditions depuis des lustres, je suis ravie... Et épuisée. Je ne pense pas à me renseigner sur l'avion, je ne profite pas de la télé-musique-jeux rien que pour moi, je me rend à peine compte des repas et je dors.
Dubaï... Il est minuit heure locale. Tous les magasins de l'aéroport sont ouverts. Tout l'aéroport est illuminé. Immense aéroport. Il nous faut 30 minutes à longer un long couloir bordé de magasins en tout genres pour arriver devant la salle d'embarquement encore fermée. Je m'assied par terre et je dors, encore.
Nous embarquons sans encombre. L'équipage est légèrement moins parfait que le précédent, mais il reste extraordinaire. Lorsque l'éclairage de la cabine s'éteint, je remarque que le plafond tout au long des allées veut donner l'impression d'un ciel étoilé. Je souris et je m'endors.
Arrivée à l'aéroport de Manille. La descente ne m'a pas permis de me rendre compte de la taille de la ville ou d'en avoir un aperçu global. J'ai juste le temps de voir un quartier aux maisons très colorées mais dont la vivacité cache mal la pauvreté. Nous atterrissons. J'y suis : Manille, Philippines, 10907.88 kilomètres, 7heures de décalage, 20heures de voyage... J'y suis. Nous sortons de l'avion, et nous dirigeons vers la douane ; j'ai hâte et mon impatience est à son paroxysme. Dans la file d'attente avant le passage à la douane, j'entends des français dans la file à côté de la notre... Et puis j'entends mon nom. Je mets quelques secondes avant de réagir : mon père et ma petite sœur sont là. Je ne comprend pas mais je m'en fiche et je lui saute dans les bras. J'y suis, enfin.
Ils ont eu un badge qui leur permet de venir nous chercher avant que nous ayons passé la douane. Nous allons chercher nos bagages puis nous sortons.
Il fait chaud et je ne m'en réellement compte qu'une fois à l'entrée de l'aéroport. Le chauffeur nous attend devant avec la voiture et je me rend compte que j'avais oublié ce mode de vie : gênée, je le laisse rentrer mes affaires dans le coffre. Après quelques formalités, nous partons dans la voiture vers Los Banos, à 60 kilomètres au Sud de Manille. A la fenêtre, appareil photo à la main, je commence à mitrailler. Des panneaux publicitaires géants longent la gigantesque artère. Puis nous nous dirigeons vers le skyway : la route des riches, de ceux qui ont les moyens de payer le passage, mais aussi celle qui évite d'être coincé dans les embouteillages monstres de la capitale. Il n'y a personne sur les routes. Je ne sais plus où donner de la tête, entre mon père et ma sœur et le paysage. Je finis par laisser mon appareil photo. Nous arrivons à Los Banos, puis devant le petit immeuble de la société. 2ème étage, appartement 61. Je découvre cette maison dans laquelle je n'ai jamais vécue. Je vide ma valise des kilos de fromages, des paquets de bonbons, du chocolat, des papillotes, des marrons glacés, des fournitures qui m'ont été commandées. Le soir, je m'endors en quelques minutes et je dors plus que de raison : je commence enfin à me remettre de la fatigue qui me pèse sur les épaules depuis un mois.
Lundi 19 Décembre ; les vacances commencent ici, je le sens. Mis à part les commandes de mon père et de ma sœur, les trois cadeaux que j'ai eu le temps d'acheter, les quelques habits (insuffisants pour finir une seule semaine), mon maillot de bain, mon appareil photo, les trois quatre cahiers de cours que je ne compte pas ouvrir et qui ne sont là que pour la bonne conscience, le nouveau livre de fantasy que je lirai sans aucun doute, mon ancien pc détruit dont on compte extraire les données encore sauvables pour 5 pauvres euros, ma valise est vide. Je n'ai que la paire de chaussures que j'avais pour le voyage : des boots parfaites pour la France. Direction le centre commercial de la ville. Nous passons par le travail de mon père d'abord, pour qu'il aille retirer de l'argent au guichet. Pour cela, nous traversons le campus de l'université : campus typiquement américain car construit par les américains il y a un siècle. Seules quelques étudiants errent dans l'énorme campus, ce qui ne fait qu'augmenter l'impression de vide. Nous arrivons à l'IRRI. Nous passons devant la guérite d'un portail et le gardien nous salue très officiellement. C'est immense. A droite, des rizières et à gauche toute une suite de bâtiments en tout genres ; l'un deux arborent fièrement toute une palette de drapeaux et je me rend alors compte que mon père n'avait jamais travaillé dans un milieu aussi international par le passé.
Direction le centre commercial : Robinson's. A l'entrée, un garde vérifie rapidement nos sacs et bien que la fouille ne soit pas très poussée je suis surprise ; j'apprends que c'est comme ça dans tous les grands lieux publics: le terrorisme et les règlements de comptes sont un problème. Nous achetons des chaussures, puis nous faisons quelques achats : faire les boutiques dans un lieu où tout est différent me semble d'un seul coup palpitant et je ne m'arrête pas de passer de rayon de vêtements en rayon de vêtements... Nous rentrons, je regarde un peu la télé avant le déjeuner : plus d'une centaine de chaînes dont une en français.
Je vais faire une sieste et je me rend compte que les dix minutes que j'avais annoncé ont triplé voire quadruplé... Tant pis. J'ai envie de sortir, de tout voir. Mon père nous propose un petite balade, j'accepte. Le jardin botanique où il voulait nous emmener est fermé depuis trente minutes au moins : il est seize heures trente. Tant pis, nous nous contenterons de faire un petit tour du campus. J'ai enfin l'occasion de m'approcher des tricycle et des jeepney, c'est transports en commun typiques : j'ai envie d'en prendre un. Nous faisons le tour du terrain de sport recouvert d'une pelouse parfaite et parfaitement naturelle : il pleut beaucoup aux Philippines. Je me rend compte qu'autour de moi tout est vert. Je me souviens de la sécheresse et de la poussière à Bamako, des quelques arbres qui se battaient en duel dans la ville et je souris en voyant qu'ici, tout n'est que végétation, arbres immenses et végétation.
Nous finissons par rentrer, rattrapés par la nuit. Le lendemain, nous irons à Alabang, un des quartiers commerciaux à l'extrémité sud de Manille ; mon père et ma petite sœur discutent de nombreuses minutes avant de décider dans quel centre commercial ils vont nous emmener : je me demande combien de centres commerciaux il peut bien y avoir...