mercredi 18 janvier 2012

Mall et Supermall, définitions et horloges...

Mardi 20 Décembre ; il s'agit de partir tôt afin d'arriver à l'ouverture du magasin et de ne pas avoir trop de monde dans les rayons. Sur la route, nous ne rencontrons presque personne et mon père est étonné. C'est la première fois qu'il reste pendant les vacances de Noël à Manille et il ne se doutait pas que la ville se viderait tant pour les fêtes. Nous arrivons sans encombre à Alabang par l'autoroute puis le skyway. Nous prenons un rond point gigantesque décoré aux couleurs de Noël, puis nous rentrons dans ce quartier moderne ultra chic et cher. Gigantesque immeuble d'habitation, grandes avenues sagement bordées de palmier, feux rouges avec compte à rebours que pour une fois les automobilistes respectent. Nous passons devant un autre centre commercial, le « Festival Supermall » : bâtiment ocre-moutarde aux toits verts et aux aspects de centre de loisirs et de lieu d'attraction. Puis nous arrivons. Grand bloc de pierre posé à même le sol, dimensions incroyables qui ne révèlent pas toute l'ampleur du lieu : «Alabang Town Center ». Ma petite sœur connaît par cœur le chemin et nous entraîne rapidement à l'intérieur. La porte que nous prenons nous mène directement dans un magasin avec des rayons variés, mais qui paraît bien peu intéressant. Nous prenons les escalators, nous en sortons...

Je me retrouve dans un hall énorme, ouvert sur le ciel par un énorme verrière, qui monte sur deux étages au dessus de nous et autour duquel partent les nombreux bras de ce monstre commercial. Le terme de « temple de la consommation » que mon père à l'habitude d'employer me vient à l'esprit quelques secondes avant qu'il ne le prononce. D'un coup, j'oublie ce que nous sommes venus faire. Je me laisse traîner par ma petite sœur qui me tire par la main afin que je ne m'arrête pas devant tous les petits étals qui sont installés dans le hall. Premier magasin : je me remet à peine de l'immensité du lieu et je regarde quelques chaussures. Deuxième magasin : je n'ai jamais vu autant de magasin justement. Troisième magasin : je décide d'arrêter de compte les magasins et je regarde les rayons.
Je me laisse entraîner par ma petite sœur et la folie des magasins de toute adolescente qui se respecte s'empare de moi. Je redécouvre le shopping et ses plaisirs. Le plaisir d'essayer pour essayer, le plaisir d'avoir des rayons totalement différents, le plaisir de ne jamais retrouver la même chose d'un magasin à l'autre, le plaisir de trouver des perles rares, les plaisir d'essayer des habits bizarres mais hilarants, le plaisir d'être accueilli chaleureusement dans chaque boutique. L'euphorie redescend un peu quand la faim apparaît et nous décidons de remédier à ce problème à l'aide de pizza ou de salade. Chacun d'entre nous prend la taille « regular »... Il faut peut-être que je révise le définition de « regular ».
Puis, nous reprenons nos aventures commerciales : nous sommes venus pour ça après tout. Je trouve quelques cadeaux pour ma petite sœur et ma grande sœur, je m'offre une veste orange à la coupe atypique. Puis, nous décidons de nous séparer et de nous retrouver à la voiture dans un peu moins de deux heures. Encore une fois, ma petite sœur me traine à sa suite et je la suis très docilement. Elle me fait parcourir des galeries dans lesquels nous n'avions pas encore mis le pied. Je découvre un multiplexe dans le centre, ainsi que des salles d'arcades et de laser game, une allée réservée à la mode bébé et j'en passe. Elle me fait tester des billes de glaces et du chocolat glacé, elle m'énumère tous les restaurants du centre... Le temps passe trop vite, nous devons retourner au point de rencontre. Nous y arrivons cinq minutes en avance... Mon père et ma grand-mère arrivent vingt-cinq minutes en retard. Nous reprenons la route, direction Los Banos, où nous terminons la soirée tranquillement avant de nous vautrer dans nos lits. Nous devons nous lever tôt le lendemain aussi, pour prendre l'avion, direction l'île de Bohol.

Mercredi 21 Décembre ; Nous arrivons trop tôt à l'aéroport. Encore une fois, il n'y avait personne sur les routes et je suis presque frustrée de ne pas avoir été coincée dans les embouteillages monstres dont mon père me parle depuis un an maintenant.

Afin d'entrer dans l'aéroport national de la capitale, nous passons par un premier portique avec contrôle des bagages aux rayons X et j'en passe. Nous trouvons un siège pour ma grand-mère et nous attendons le début de notre embarquement. L'aéroport est grand, plus que ce que je m'attendais de voir lorsque mon père a parlé d'aéroport national. Mais mal foutu et je trouve son architecture d'autant plus impropre lorsque j'apprends que dans un an il devra remplacer l'aéroport international le temps de la reconstruction de ce dernier. Je m'interroge ; il n'a pourtant pas l'air bien vieux cet aéroport international. « Pas plus d'une dizaine d'années », répond mon père : en Asie, l'argent circule encore un peu et les rénovations sont plus que fréquentes. Je me dis que si l'Asie a tant de moyens que ça, elle pourrait nous en prêter un peu histoire de raser et de refaire l'aéroport Charles de Gaulle. Un bien grand nom pour un lieu aussi lamentable. L'enregistrement de notre vol commence et nous nous dirigeons vers l'une des longues fils qui mènent aux comptoirs d'embarquement. Dans la queue, mon père rencontre un ancien collègue et sa famille ; début d'une conversation pendant laquelle il parle anglais pour que l'épouse philippine de l'allemand puisse participer... Celle-ci parle français et mon père finit par se rendre compte du côté saugrenue des cinq dernières minutes. Tant pis, il ne crache jamais sur la pratique de son anglais. Pendant qu'il continue sa conversation, j'observe les trois adolescents qui accompagnent le couple et les maudit. Ils ont entre 11 et 16 ans, parlent le français, l'allemand, l'anglais et ont sûrement des bases de tagalog... Nous finissons par les quitter, et nous entrons dans la zone d'embarquement, après avoir payé les frais d'aéroport. Je reste d'abord plus que perplexe lorsque nous passons au guichet où mon père tend quelques billets. Une réplique cinglante m'échappe, aussitôt contrariée par l'explication logique : les frais d'aéroport ne sont pas compris dans le prix du billet aux Philippines. Nous passons par un second contrôle aux rayons X et une fois de plus je ne peux m'empêcher de remarquer que les philippins surestiment notre capacité à fabriquer une bombe avec un chewing-gum et un trombone. Là encore, mon père a une explication logique : la seule île musulmane de l'archipel, Mindanao, pose de sérieux problème d’extrémisme terroriste.

Nous arrivons enfin dans la salle d'attente, qui ressemble plutôt à un large couloir d'attente. Mon père lâche un sous-entendu grinçant lié avec Charles de Gaulle. Les passagers d'un vol en retard quittent la salle-couloir par une porte et les minutes sur ma montre s'égrainent, dépassant l'horaire d'embarquement annoncé et se rapprochant dangereusement de l'heure de départ sans qu'aucune annonce ne soit faite. Le doute m'assaille et je vérifie une douzaine de fois si le ticket de caisse qui me fait office de billet d'avion indique bien la porte 116 ; une douzaine de fois, je vois le bon chiffre imprimé, mais le doute ne me quitte pas. 12h00... L'horaire de départ est dépassé et mon insatiable petite sœur retire ses écouteurs et la seule étincelle au fond de ses yeux permet à mon père de décrypter son message ; « Tu vas acheter un sandwich avec ta petite sœur avant qu'elle ne nous bouffe tous ?... ». Si ça peut m'empêcher de penser au scénario idiot qui défile dans ma tête en dans lequel nous avons raté notre avion... Nous retournons dans le couloir bordé de quelques boutiques et nous procurons un panini long, trop long à cuire. Je m'impatiente et je redescends dans la salle encore plus énervée et sur les nerfs.

Mon père nous annonce que l'avion viens juste d'atterrir. Saleté d'aéroport démunie de toute information. Nous finissons par monter dans l'avion, qui décolle donc avec une heure de retard. Direction Tagbilaran, la ville principale de Bohol.

mardi 3 janvier 2012

10907.88 kilomètres, 7heures de décalage, 20heures de voyage.

Samedi 17 Décembre ; Je suis épuisée. Et pourtant je n'ai pas dormi de le nuit... Trop excitée. Je ferme la porte de mon petit chez-moi après un coup de stress de dernière minute.
Deux heures de train que je ne vois pas passer, le sommeil a fini par me vaincre. Je suis tout de même anxieuse : la grève annoncée des trains n'existe pas, mais aucun avion ne décolle depuis hier depuis Lyon et à Paris des grèves se font sentir... Si on n'enregistre pas nos bagages, il faudra se battre pour prendre l'avion. La queue pour l'enregistrement est très longue mais pas à cause des grèves : les tapis roulants ne fonctionnent pas... Tout se passe bien, nous sommes dans la salle d'embarquement et nous attendons. Finalement, nous ne partons qu'avec une heure de retard ; nous aurons notre correspondance sans soucis.
L'avion est gigantesque, luxueux, agréable et l'équipage est parfait : je n'avais pas voyagé en avion dans de telles conditions depuis des lustres, je suis ravie... Et épuisée. Je ne pense pas à me renseigner sur l'avion, je ne profite pas de la télé-musique-jeux rien que pour moi, je me rend à peine compte des repas et je dors.
Dubaï... Il est minuit heure locale. Tous les magasins de l'aéroport sont ouverts. Tout l'aéroport est illuminé. Immense aéroport. Il nous faut 30 minutes à longer un long couloir bordé de magasins en tout genres pour arriver devant la salle d'embarquement encore fermée. Je m'assied par terre et je dors, encore.
Nous embarquons sans encombre. L'équipage est légèrement moins parfait que le précédent, mais il reste extraordinaire. Lorsque l'éclairage de la cabine s'éteint, je remarque que le plafond tout au long des allées veut donner l'impression d'un ciel étoilé. Je souris et je m'endors.
Arrivée à l'aéroport de Manille. La descente ne m'a pas permis de me rendre compte de la taille de la ville ou d'en avoir un aperçu global. J'ai juste le temps de voir un quartier aux maisons très colorées mais dont la vivacité cache mal la pauvreté. Nous atterrissons. J'y suis : Manille, Philippines, 10907.88 kilomètres, 7heures de décalage, 20heures de voyage... J'y suis. Nous sortons de l'avion, et nous dirigeons vers la douane ; j'ai hâte et mon impatience est à son paroxysme. Dans la file d'attente avant le passage à la douane, j'entends des français dans la file à côté de la notre... Et puis j'entends mon nom. Je mets quelques secondes avant de réagir : mon père et ma petite sœur sont là. Je ne comprend pas mais je m'en fiche et je lui saute dans les bras. J'y suis, enfin.
Ils ont eu un badge qui leur permet de venir nous chercher avant que nous ayons passé la douane. Nous allons chercher nos bagages puis nous sortons.
Il fait chaud et je ne m'en réellement compte qu'une fois à l'entrée de l'aéroport. Le chauffeur nous attend devant avec la voiture et je me rend compte que j'avais oublié ce mode de vie : gênée, je le laisse rentrer mes affaires dans le coffre. Après quelques formalités, nous partons dans la voiture vers Los Banos, à 60 kilomètres au Sud de Manille. A la fenêtre, appareil photo à la main, je commence à mitrailler. Des panneaux publicitaires géants longent la gigantesque artère. Puis nous nous dirigeons vers le skyway : la route des riches, de ceux qui ont les moyens de payer le passage, mais aussi celle qui évite d'être coincé dans les embouteillages monstres de la capitale. Il n'y a personne sur les routes. Je ne sais plus où donner de la tête, entre mon père et ma sœur et le paysage. Je finis par laisser mon appareil photo. Nous arrivons à Los Banos, puis devant le petit immeuble de la société. 2ème étage, appartement 61. Je découvre cette maison dans laquelle je n'ai jamais vécue. Je vide ma valise des kilos de fromages, des paquets de bonbons, du chocolat, des papillotes, des marrons glacés, des fournitures qui m'ont été commandées. Le soir, je m'endors en quelques minutes et je dors plus que de raison : je commence enfin à me remettre de la fatigue qui me pèse sur les épaules depuis un mois.
Lundi 19 Décembre ; les vacances commencent ici, je le sens. Mis à part les commandes de mon père et de ma sœur, les trois cadeaux que j'ai eu le temps d'acheter, les quelques habits (insuffisants pour finir une seule semaine), mon maillot de bain, mon appareil photo, les trois quatre cahiers de cours que je ne compte pas ouvrir et qui ne sont là que pour la bonne conscience, le nouveau livre de fantasy que je lirai sans aucun doute, mon ancien pc détruit dont on compte extraire les données encore sauvables pour 5 pauvres euros, ma valise est vide. Je n'ai que la paire de chaussures que j'avais pour le voyage : des boots parfaites pour la France. Direction le centre commercial de la ville. Nous passons par le travail de mon père d'abord, pour qu'il aille retirer de l'argent au guichet. Pour cela, nous traversons le campus de l'université : campus typiquement américain car construit par les américains il y a un siècle. Seules quelques étudiants errent dans l'énorme campus, ce qui ne fait qu'augmenter l'impression de vide. Nous arrivons à l'IRRI. Nous passons devant la guérite d'un portail et le gardien nous salue très officiellement. C'est immense. A droite, des rizières et à gauche toute une suite de bâtiments en tout genres ; l'un deux arborent fièrement toute une palette de drapeaux et je me rend alors compte que mon père n'avait jamais travaillé dans un milieu aussi international par le passé.
Direction le centre commercial : Robinson's. A l'entrée, un garde vérifie rapidement nos sacs et bien que la fouille ne soit pas très poussée je suis surprise ; j'apprends que c'est comme ça dans tous les grands lieux publics: le terrorisme et les règlements de comptes sont un problème. Nous achetons des chaussures, puis nous faisons quelques achats : faire les boutiques dans un lieu où tout est différent me semble d'un seul coup palpitant et je ne m'arrête pas de passer de rayon de vêtements en rayon de vêtements... Nous rentrons, je regarde un peu la télé avant le déjeuner : plus d'une centaine de chaînes dont une en français.
Je vais faire une sieste et je me rend compte que les dix minutes que j'avais annoncé ont triplé voire quadruplé... Tant pis. J'ai envie de sortir, de tout voir. Mon père nous propose un petite balade, j'accepte. Le jardin botanique où il voulait nous emmener est fermé depuis trente minutes au moins : il est seize heures trente. Tant pis, nous nous contenterons de faire un petit tour du campus. J'ai enfin l'occasion de m'approcher des tricycle et des jeepney, c'est transports en commun typiques : j'ai envie d'en prendre un. Nous faisons le tour du terrain de sport recouvert d'une pelouse parfaite et parfaitement naturelle : il pleut beaucoup aux Philippines. Je me rend compte qu'autour de moi tout est vert. Je me souviens de la sécheresse et de la poussière à Bamako, des quelques arbres qui se battaient en duel dans la ville et je souris en voyant qu'ici, tout n'est que végétation, arbres immenses et végétation.
Nous finissons par rentrer, rattrapés par la nuit. Le lendemain, nous irons à Alabang, un des quartiers commerciaux à l'extrémité sud de Manille ; mon père et ma petite sœur discutent de nombreuses minutes avant de décider dans quel centre commercial ils vont nous emmener : je me demande combien de centres commerciaux il peut bien y avoir...